Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

«Nous devons avoir de l'ambition»

 Chambley Planet'Air. 500 ha pour faire décoller le coeur de la Lorraine

Quelles sont vos ambitions pour Chambley?
C'est ce que nous appelons un territoire à enjeux, fort d'un potentiel non négligeable. Nous voulons déjà garder les emplois historiquement installés et saisir l'opportunité de Sky Aircraft. J'insiste: le développement d'activités traditionnelles, comme la Scierie du Rupt-de-Mad qui se développe sur la zone est à mes yeux très important. Sky Aircraft n'est pas la seule pièce du puzzle. On a parlé de gouffre financier, mais les engagements de la Région ne dépasseront pas les 30M€.
Comment recevez-vous les critiques des sceptiques?
C'est une spécialité lorraine de se flageller et ensuite, de ne pas se trouver beau. Mais nous devons avoir de l'ambition pour cet espace central, composé de l'espace de loisirs de Madine, de la zone de Chambley, de la gare de Vandières, de la gare de Louvigny et de l'aéroport. Sur la gare de Vandières, croiser le fer et le fer n'est pas un luxe mais une évidence. Nous devons travailler pour mettre tous ces équipements en cohérence. Avec les différentes collectivités, nous avons déjà engagé des réflexions pour mettre au point un pilotage global de cette zone, en travaillant en partenariat.

 

Propriété de la Région Lorraine depuis octobre 2008, l'ancienne base aérienne de Chambley est en pleine mutation. Pièce maîtresse de la stratégie de développement économique de la zone, Sky Aircraft doit faire décoller un avion lorrain en 2012.

Jean-François Michel

Difficile d'imaginer, en circulant sur les petites routes départementales qui donnent accès aux 500ha de l'ancienne base aérienne de Chambley, que ce site deviendra la «clé de voûte de l'espace commun», comme le proclament les plaquettes de communication rédigées par les services du conseil régional. Propriété de la Région Lorraine depuis octobre2008, le site de Chambley est aujourd'hui, pour le grand public, synonyme de «Mondial Air Ballons», cette concentration géante d'aérostiers qui rassemble tous les deux ans jusqu'à 2.000 équipages, venus de plus de 60 nations, pour 800montgolfières et 400.000 spectateurs. «Il y a beaucoup de potentiel sur ce site», affirme Luc Lemarchand, urbaniste pour le cabinet d'architectes CEIS, et parmi les premiers à avoir planché sur l'avenir du site. «Avec 500ha, on peut marquer un territoire, on peut appliquer des concepts qui donneront une autre image à toute la région.» Le projet Chambley Planet'Air est aujourd'hui articulé autour de quatre zones d'activités: économie aéronautique, économie généraliste, et deux zones à vocation touristique et de loisirs. La Région Lorraine a prévu d'injecter 30M€ à la réalisation de ces aménagements. Sur le site, les engins de chantier creusent et dégagent de vastes espaces. Et il faut tout l'enthousiasme d'un chef d'entreprise comme Jean-Luc Kaiser pour imaginer le résultat. «Ici, ce sera la station de gaz, qui permettra aux aérostiers de se ravitailler. Plus loin, vous aurez une station essence, à la fois pour les avions et les automobiles, puisqu'elle distribuera du SP98, qui est aussi utilisé pour les ULM.»

«L'avenir est à Chambley»
Le patron de L'Europe vue du ciel, entreprise spécialisée dans la prise de vue aérienne, est un homme comblé: cet été, lui et son équipe s'installeront dans 200m² de bureaux, contigus à un hangar de 400m². Il y a encore un an et demi, il perdait son temps entre Ludres, où étaient installés ses bureaux, et l'aérodrome d'Essey, où stationnaient l'hélicoptère et l'ULM de la société. Désormais, une simple porte séparera les bureaux des machines. Une souplesse inenvisageable à l'aéroport Metz-Nancy-Lorraine, où Jean-Luc Kaiser avait un instant envisagé de déménager: «Les normes de sécurité sont tellement strictes, qu'il était impossible d'accueillir du public à proximité des appareils». Installé dans les vieux hangars de l'aérodrome du Rozelier, à proximité de Verdun, Christophe Pradelle, le patron de Verdun Aéronautique, croit aussi que «l'avenir est à Chambley». Son atelier de réparation d'avion ne pouvait pas accueillir plus de deux appareils en même temps. En déménageant à Chambley, sa capacité va passer à 6 avions: une opportunité pour développer son parc, déjà fort de 60clients. Le 1erjuillet, Verdun Aéronautique va donc déménager dans un des six hangars de 2.400m² flambant neuf financés par la Région Lorraine. «Nous allons louer 800m², qui suffisent à notre activité, pour 9€/m²», précise Christophe Pradelle. «C'est une renaissance pour la société. D'ailleurs, nous allons changer de nom pour Chambley Aéromaintenance.» L'avenir du site passe aussi par la réussite d'une autre société, la pièce maîtresse du projet: Sky Aircraft, filiale de Geci International. Installée dans 3.000m² de bureaux provisoires, à proximité de la tour de contrôle, l'entreprise emploie déjà 200 personnes sur le site, essentiellement dans un bureau d'études dédié à la conception d'un avion entièrement nouveau, le Skylander SK-105. Balayant d'un revers de main les doutes sur l'avancement du programme, Serge Bitboul, le P-dg de Geci International, se désole des «querelles de clochers qui font du bruit sur la ligne». Avec fermeté, le patron affirme: «Nous sommes partis pour réussir à Chambley». Mais concède que faire venir des ingénieurs de haut niveau en pleine campagne est une difficulté et les garder est «relativement mal aisé». Autour de Chambley, on n'a pas attendu la réussite du Skylander les bras ballants: chargée de mission à la communauté de communes du Chardon Lorrain, Sophie Alleaume évoque «d'éventuels sous-traitants sur les communes environnantes». En espérant que les éventualités deviennent des réalités, puisque la collectivité aménage à Thiaucourt, non loin de Chambley, 13 îlots sur 5,5ha, pour plus de 400.000€.

Sky Aicraft, la pièce maîtresse d'un projet régional

 Chambley Planet'Air. 500 ha pour faire décoller le coeur de la Lorraine

«Mon impression, c'est que vous êtes passé du statut de vendeur de bagnoles à celui d'un industriel de l'aéronautique.» L'avis est signé Jean-Pierre Ferrante, le patron de Technotol, à l'adresse de Serge Bitboul, P-dg de Geci International, et résume bien le sentiment général. Avec d'autres membres de l'UIMM, Jean-Pierre Ferrante a visité les locaux de Sky Aircraft, le 24 mai: «Sky Aircraft est un membre de la métallurgie et quand un membre a des soucis, nous voulons nous rendre compte sur place des choses», précisait André Bonal, président de l'UIMM de Meurthe-et-Moselle. Des soucis? De communication, c'est certain. Sur le processus qui amènera Sky Aircraft à produire le premier avion lorrain, Serge Bitboul l'a assuré: «Tout avance normalement». Tous les fournisseurs sont désormais identifiés, on compte parmi eux quelques Français et un lorrain, Leach. Concernant les commandes, «nous avons des protocoles d'accord pour 14 avions. Et nous aurons des annonces à faire au Bourget», précise Serge Bitboul, qui affirme qu'il est très difficile d'avoir des commandes fermes avant le premier vol. L'avionneur lorrain assure qu'il obtiendra sa certification, (la fameuse DOA pour Design Organization Approval), à la fin de l'année. Le dossier concernant le Certificat de type, pour l'avion, a été déposé «au mois de juillet l'année dernière et devrait aboutir en septembre». Le chantier d'une usine de 44.000m² va commencer cet été, pour entamer une tranche de 17.000m² permettant de sortir quatre avions par mois. En 2013, quand la production en série va débuter, l'usine Sky Aircraft de Chambley produira neuf unités par mois. Au niveau des financements, Serge Bitboul a confirmé être à la recherche de 100M€ sur les 165 que vont coûter le projet, hors usine.

 

Journal des Entreprises | Édition Meurthe-et-Moselle 54

Tag(s) : #Mon engagement régional

Partager cet article

Repost 0