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Débat sur le Brexit au Sénat : l'intervention Pierre Laurent

Ci-dessous, l'intervention que Pierre Laurent a faite au nom du groupe CRC à l'occasion du débat d'hier au Sénat sur les suites du référendum britannique.

 

 


Monsieur le Président,
Monsieur le ministre des Affaires étrangères,
Mes chers collègues,

Avec le résultat du référendum britannique, qui a donné  la victoire aux partisans du Brexit, un grand peuple européen vient de décider de quitter l'Union européenne.

C'est un terrible échec pour l'Union européenne. Ce résultat intervient au terme d'une année de surenchères libérales et xénophobes orchestrées par les classes dirigeantes de la droite britannique qui ont voulu ce référendum, de David Cameron à Nigel Farage en passant par Boris Johnson.

Mais surtout, ce résultat signe la faillite du projet libéral et austéritaire européen, entièrement tourné vers la mise en concurrence. Ce projet divise et conduit à la dislocation. Il est incapable d'unir les peuples européens vers un destin commun fait de paix, de justice et de progrès social partagé. 

C'est un désaveu cinglant pour tous ceux qui, depuis des années, ont poussé les feux d'une construction libérale de l'Union européenne sans jamais écouter les alertes successives venus des peuples européens. La dernière décennie est jalonnée de dénis démocratiques, à commencer  par le sort réservé au référendum de 2005 en France, ou aux votes des Grecs en 2015.

Voilà le résultat !

La leçon est claire. Respecter les peuples, leurs votes, est la seule méthode pour construire une Union de solidarité dans chacun voudra rester pour coopérer.

Il est  grand temps de l'entendre si nous ne voulons pas voir l'Europe sombrer dans le fracas des guerres économiques, où les morts s’appellent chômeurs et précaires. Le projet austéritaire imposé aux peuples européens depuis le traité de Lisbonne et la crise du capitalisme financier de 2008 doit être stoppé.

Le temps est venu d’une refondation progressiste de l’Europe tournée vers le progrès social.  

Il faut d'urgence mettre le cap vers la sortie de l’austérité. Toute tentation de tergiverser avec cette exigence devient pure folie ! Car elle laisserait une place grandissante à toutes les dérives racistes et xénophobes qui défigurent déjà largement l'Europe, à toutes les rivalités nationalistes et leurs cortèges de conflits, de tensions, et de guerres. 

Les premières déclarations entendues  ne nous rassurent pas. Les dirigeants européens vont-ils chercher une nouvelle fois à fuir leurs responsabilités et faire payer aux peuples du Royaume-Uni la faillite de leurs dirigeants, pour ensuite continuer comme avant ?

Nous vous le disons : arrêtez de jouer avec le feu ! Le choix souverain du peuple britannique doit être respecté sans chantage, sans menaces de représailles, et les négociations du Brexit menées avec responsabilité, d'autant que manifestement personne, pas plus les dirigeants britanniques que les autres, ne semblent préparés.

Ce ne sont pas la finance qui doit une nouvelle fois être protégée  mais tous ceux qui font la richesse des nations, les travailleurs, les citoyens, les migrants. Le Royaume-Uni est un de nos grands voisins. Anglais, Gallois, Ecossais, tous doivent être écoutés, comme doivent l'être les Irlandais dont l'avenir commun est à nouveau interpellé par cette situation inédite. 

Nous vous proposons qu'une commission spéciale parlementaire, commune aux deux Assemblées en présence de tous les groupes, soit créée sur le suivi du Brexit, afin que toutes les décisions prises le soient en toute transparence et sous contrôle du Parlement pour tout ce qui engagera la France.  

Mais je l'ai dit, l'essentiel, c'est l'engagement déterminé de la France dans la bataille de la refondation progressiste de l'Europe : le temps est venu d'avancer vers une nouvelle Union refondée, une Union de peuples et de nations libres, souverains et associés, tournée vers le progrès humain et la justice sociale, débarrassée de l'emprise prédatrice de la finance.  

Cette nouvelle Union solidaire et coopérative impliquera par étapes des nouveaux traités. Ils doivent  être construits sous le contrôle des peuples européens avec de nouvelles procédures démocratiques, en respectant la souveraineté de tous. L'Europe autoritaire, c'est fini, il serait temps de le comprendre !


La France doit être à l'initiative d'un immense débat public national et européen d'une ampleur inédite. Nous faisons deux propositions :

 - à l'échelle européenne, la France doit proposer le lancement d'Etats généraux pour une  refondation progressiste européenne en commençant par mobiliser les gouvernements, les forces politiques, sociales et citoyennes disponibles. Paris pourrait être rapidement le lieu d'une première grande conférence citoyenne européenne.    
- quant à la France, nous proposons de mettre en place une instance inédite, une conférence  citoyenne permanente  chargée de construire ce nouveau projet européen et le mandat de la France en Europe. Elle pourrait associer des représentants de toutes les forces politiques, des parlementaires et des élus locaux de tous niveaux et de toutes les sensibilités, tous les syndicats, les ONG et le monde associatif. Toutes les décisions qui engagent la France au plan européen doivent être soumis au Parlement et associer cette conférence citoyenne. Les propositions pour un nouveau traité pourraient être soumises à référendum  le moment venu.

Sans attendre, des décisions doivent être prises pour stopper le train fou de l'Europe libérale et du dumping social, l'Europe des traités autoritaires et imposés. Nous faisons des propositions précises.

Trois mesures immédiates contre le dumping social :     

- la France ne doit pas ratifier les traités de libre-échange TAFTA, CETA et TISA. Elle doit exiger la reconnaissance du caractère mixte de ces accords, donc l'obligation d'un vote conjoint au Parlement européen et de chaque Parlement national. Cela vaut tout de suite pour le CETA.  Aucune signature de la France ne doit être engagée sans le Parlement.
- la France doit suspendre l'adoption et la mise en œuvre dans notre législation des recommandations européennes de déréglementation sociale, à commencer par la loi Travail.  A la droite et au gouvernement, je pose la question : après avoir versé des larmes de crocodile sur le Brexit, allez-vous adopter, vous la droite ici au Sénat, et vous demain à l’Assemblée nationale grâce au déni démocratique du 49-3, cette loi qui généralisera le dumping social ? Aux uns et aux autres, je le dis : c'est socialement irresponsable, et politiquement ce serait un nouvel acte de mépris à l’égard de notre peuple. Ici comme au Royaume-Uni la fracture n’est pas seulement sociale, elle est politique et démocratique. 
-enfin la France doit renforcer son engagement pour exiger une renégociation immédiate de la directive sur le travail détaché, et adopter ici en France les mesures pour stopper son usage scandaleux  contre le droit du travail.  

 

Nous vous proposons aussi des décisions fortes pour sortir de l'austérité :
 

Au moment où nous allons entrer dans la discussion budgétaire, la France doit demander la renégociation du traité budgétaire et déclarer qu'elle ne veut plus encadrer son soutien aux services publics, à l'investissement public, et aux collectivités locales par les critères idiots du pacte de stabilité. 
 

Pour financer ces dépenses, la France doit proposer la création d'un fonds européen alimenté par les 80 milliards d'euros qu'injectent chaque mois la BCE à fonds perdus pour l'emploi dans les marchés financiers. L’argent doit aller à l’emploi, plus aux banques et aux dividendes. 
 

Enfin, la France doit agir sans tarder pour une conférence européenne sur la dette, et un plan de lutte drastique contre l'évasion fiscale et le dumping fiscal.

 

Voilà, mers chers collègues, ce que nous proposons. Face à la faillite de votre projet européen, assez de mots, des actes !

 

Tag(s) : #Au Sénat, #Actualités